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Côte d’Ivoire/ Alassane Ouattara et Laurent Gbagbo : les amours après la lutte à mort

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Acquitté par la Cour pénale internationale le 31 mars 2021 et rentré au pays le 17 juillet, Laurent Gbagbo a été reçu en audience, le mardi 27 juillet dernier par son successeur au palais présidentiel d’Abidjan. Visiblement les deux hommes semblent avoir enterré la hache de guerre, après que la discorde qui les opposait ait valu à la Côte d’Ivoire plus de 3000 morts. Une réconciliation forcée pour deux hommes que tout opposait. Il était temps !

En dehors de leur statut d’homme politique, Alassane Ouattara et Laurent Gbagbo sont deux hommes que tout oppose. En 2010, la Côte d’Ivoire semble avoir payé le prix le plus cher de l’opposition entre ces deux hommes. De son séjour soit dix ans à la Haye et de ses expériences de la même année à la tête de la Côte d’Ivoire, les deux hommes semblent avoir retrouvé la voie de la raison au nom d’une véritable réconciliation. L’autorisation de retour donnée par le régime Ouattara fut un pas déterminant pour que l’historien marxiste accepte de rencontrer l’économiste libéral.

Des parcours différents

L’un a un parcours d’historien et l’autre à une formation d’économiste. Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara sont deux dignes fils de la Côte d’Ivoire qui ont profondément été moulé par les origines familiales et la trajectoire professionnelle. C’est bien cela que confirme le sociologue ivoirien Fahiraman Rodrigue Koné en ces termes : « Issu d’une famille aristocrate du nord du pays ou la gestion du pouvoir s’incarne des structures fortement hiérarchisées et personnalisées, Alassane Ouattara a suivi un parcours professionnel à partir duquel il tente de vendre une image de technocrate. Laurent Gbagbo est issu d’une famille modeste, d’un milieu rural, qui a réussi à se hisser par ses études dans la classe des enseignants d’université, lieu privilégié de la contestation du régime du parti unique. Il fait montre d’une intelligence politique qui lui a permis d’échapper parfois au rouleau compresseur du parti unique d’Houphouët-Boigny. En jouant la carte du tribun, Laurent Gbagbo a réussi à se rendre populaire dans les couches sociales les moins favorisées ». La popularité, Laurent Gbagbo, l’a connue très tôt dans les années 1980, lorsqu’il était à la tête du Syndicat national de la recherche et de l’enseignement (SYNARES) qui s’est montré très hostile au régime autocratique de Houphouët. A la même époque, Alassane Ouattara faisait ses preuves entre deux institutions le FMI et la BCEAO. De son activisme, Laurent Gbagbo devint le premier opposant à Houphouët, alors que le natif de Dimborko fut sollicité par le même Houphouët pour assainir les finances publiques en tant que premier ministre. La fonction venait d’être créée. Chacun venait ainsi de choisir son camp.

Une longue rivalité

L’alliance des hommes contre Bédié, successeur du feu Felix Houphouët Boigny, ne fut qu’un feu de paille. Le désire d’accéder à la magistrature suprême mua les deux hommes en de véritables adversaires à partir des années 2000. Et c’est Laurent Gbagbo qui remporta le premier round de ce choc entre ces deux monstres. Alors que les deux leaders avaient appeler à voter « Oui » pour le référendum constitutionnel de juillet 2000, Alassane Ouattara fut empêché de concourir pour les élections présidentielles du 22 octobre 2000. La raison c’est que le président du RDR fut frappé d’une inéligibilité au nom de l’article 35 de la Constitution que lui-même avait soutenu. Cet article stipulait que « les candidats à la Présidence de la République doivent être ivoirien de naissance, né de père et de mère eux-mêmes ivoiriens ». Ouattara fut surpris de découvrir une désolidarisation de son « allié » qui, avec cette situation, s’est vu dérouler le tapis rouge vers le palais d’Abidjan. Une trahison qu’il n’a jamais pardonné à son frère de l’ouest. Les premiers affrontements entre les militants des deux camps firent plus de 300 morts. Ni le jeu du chat et de la souris joué durant dix ans par une participation du RDR aux gouvernements d’ouverture formés à l’issue de multiples réunions accords ne ramena véritablement la confiance entre les deux « vrai-faux alliés ». Craignant pour sa vie, Alassane Ouattara prit le chemin de l’exil. Pour sa part, Gbagbo se retrouve à la tête d’un pays divisé en deux. Il a fallu les accords de Ouagadoudou du 4 mars 2007 pour ramener le calme dans le pays. Ouattara doit attendre les élections présidentielles de 2010 pour prendre sa revanche.

Le duel à mort !

En octobre 2010, trois mastodontes de la politique ivoiriennes étaient en lice pour les présidentielles ivoiriennes: Gbagbo, Ouattara et Bédié. Chacun de ses candidats avait des comptes à régler avec l’autre. Le combat s’annonçait très serré et surtout mortel. Au premier tour, Gbagbo vire en tête avec 38% des voix. Décidé à en finir avec lui, ses deux adversaires s’allient contre lui au second tour en mettant en œuvre ‘ le Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP). Le dénouement de ce scrutin plonge le pays dans un chaos total. La commission électorale et le Conseil constitutionnel annonçant chacun de son côté des vainqueurs différents. Jouant à l’arbitre, la communauté internationale reconnut le « banquier » comme président élu au détriment de Laurent Gbagbo. La résistance de Gbagbo ne dura que 6mois. Capturé le 11 avril 2011, il est extradé vers la CPI. Son aller-retour à la Haye lui a valu dix ans alors que pour sa part, le peuple ivoirien a payé le prix le plus lourd de cette opposition entre les deux hommes : Plus d’un million de réfugiés, 3000 morts. Sur le plan économique la Côte d’Ivoire se retrouve à genou.  En entrant, enfin, dans le palais d’Abidjan, Alassane Ouattara mesurait l’ampleur de la mission qui l’attendait. Pour lui il faut développer et réconcilier. Si en bon économiste, Ouattara a su remettre la Côte d’ivoire sur les rails du développement, son plus grand échec demeure la véritable réconciliation. Gbagbo serait donc la clé qui manquait au puzzle.

Les retrouvailles forcées !

« Paix des braves », « retrouvailles historiques », « fin des palabres »… la presse nationale et internationale n’ont pas manqué de mots pour qualifier la rencontre entre Alassane Ouattara et Laurent Gbagbo intervenue le 27 juillet dernier. Une embrassade pour les photographes, quelques pas main dans la main et une conférence de presse tout sourire avec tes tutoiements, le scénario a parfaitement été écrit en avance pour montrer à la Côte d’Ivoire et au monde entier que ceux qui avaient mis à feu et à sang le pays ont décidé de se parler.  Pouvait-il en être autrement ? Aucunement pas. En bons stratèges, Alassane Ouattara et Laurent Gbagbo ont bien analysé les retombées d’une telle rencontre. Pour avoir hérité d’un pays en crise, Ouattara a pu mesurer toute les difficultés auxquelles on fait face quand il s’agit de faire une réconciliation avec des sympathisants d’un parti dont le leader est en prison à la Haye. Pour sa part, après son acquittement, Laurent Gbagbo a sans doute à cœur d’étaler aux yeux du monde toute sa popularité et de s’affirmer comme un acteur incontournable de la scène politique de la Côte d’Ivoire. Il parait donc évident que chaque partie avait besoin de l’autre pour reprendre la main sur la scène nationale. Ouattara dont le troisième mandat avait été très contesté avait besoin d’une légitimation de son mandat par Gbagbo qu’il devait brandir comme un trophée de guerre comme réussite de sa politique de réconciliation. En attendant de clarifier sa position sur la scène politique, Laurent Gbagbo a besoin de toutes ses armes. Sa demande de libération de 100 prisonniers politiques introduites auprès de Ouattara est sans doute le premier d’une série de demande qui doit certainement conduire au retour de Charles Blé Goudé. Il est évident que même dans un processus de réconciliation, les deux « frères » continuent encore de jouer au jeu du chat et de la souris. L’avenir nous en dira encore plus !

Emmanuel AMEGEE

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