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Sommet France-Afrique: Emmanuel Macron et le difficile biberonnage de la jeunesse africaine à Montpellier

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Sommet FranceAfrique: Emmanuel Macron et le difficile biberonnage de la jeunesse africaine à Montpellier

 

Par Emmanuel AMEGEE

Montpellier a accueilli du 7 au 9 octobre 2021, le 28e sommet France-Afrique ou Afrique-France, c’est selon. Contrairement, aux précédentes éditions, l’actuel locataire du Palais de l’Elysée rompt avec la tradition. En lieu et place des Chefs d’Etats africains, ce sont 3 000 jeunes africains qui ont été conviés à cette messe de démonstration du paternalisme français sur le continent africain. A l’arrivée, le projet de biberonnage initialement prévu par Emmanuel Macron s’est plutôt retourné contre lui!

Finis les traditionnels défilés des cortèges présidentiels. Pour ce qui est de son premier sommet Afrique-France, le Président français Emmanuel Macron a marqué la différence d’avec les précédentes rencontres. Ses homologues africains, pour une première fois, depuis la création en 1973 de la première rencontre réunissant des dirigeants africains et l’ex-puissance coloniale, ont été mis à la touche au profit de la jeunesse africaine. « Ceux qui, d’habitude, écoutent la parole des institutionnels, des autorités, des chefs d’État, auront la parole », avait précisé l’Élysée, à l’annonce de ce nouveau format du sommet Afrique- France. L’incompréhension et l’humiliation ressenties dans certains palais, en Afrique, ont vite fait place à la curiosité de voir ce que les « jeunes » pourraient proposer dans l’évolution des relatons entre la France et l’Afrique. « Le Président Emmanuel Macron, étant lui aussi un jeune, nous avons hâte d’être témoins de sa complicité avec les jeunes de notre continent » nous avait confié, en guise d’ironie, une source diplomatique qui voit derrière ce sommet « new-look », une volonté de Macron de préparer sa réélection.

Un coup de communication ?

Même si nous sommes tous d’accord avec Myriam Odile Blin, maître de conférences à l’université de Rouen et sociologue que « c’est la première fois qu’un président de la République fait appel à l’intelligentsia africaine et à la diaspora pour préparer un sommet Afrique-France », on ne peut s’empêcher de rappeler cette célèbre citation du Général de Gaulle : « la France n’a pas d’amis, elle n’a que des intérêts ». Certes en soi, ce sommet innove dans son contenu et dans l’approche mais cela n’empêche d’y voir une manœuvre du Président Emmanuel Macron qui a besoin de soigner son image. En effet, à 7 mois des élections présidentielles, le Président français n’a pas envie de s’afficher au côté des dirigeants africains dont certains ne sont pas des modèles en matière de bonne gouvernance et d’application des règles démocratiques. Son image du jeune Président en quête de réélection en prendrait un coup. Après s’être illustré négativement dans certains dossiers en Afrique, et au moment où la course pour sa succession au Palais de l’Elysée est lancée, Emmanuel Macron se rappelle qu’il est un Président de la rupture alors que ses promesses de rupture se sont véritablement heurtées à la réalité politique d’une Afrique en pleine mutation. Et pour se rattraper et répondre à ceux qui essayaient de le comparer à ses prédécesseurs, il innove avec sa « méthode » qui est de s’adresser directement aux sociétés civiles et à la diaspora. Cette nouvelle ère qu’on semble nous faire croire a pour finalité la réélection du ‘‘jeune’’ en soignant son image. Un véritable coup de communication de Macron qui s’est tout simplement servi des jeunes leaders africains pour soigner son image aussi bien en France qu’en Afrique. Mais pour ce qui devait être un rendez-vous de biberonnage de la jeunesse africaine à laquelle on devait faire comprendre que la France est un ami de l’Afrique, Emmanuel Macron a été sérieusement bousculé par les leaders africains pour lesquels aucun sujet n’a été tabou.

Un biberonnage difficile

À son arrivée au Palais de l’Elysée, Emmanuel Macron avait tout mis en œuvre pour séduire la jeunesse. En dehors de la création du Conseil présidentiel pour l’Afrique (CPA), il s’est mis la jeunesse africaine dans la poche avec ses déclarations de Ouagadougou : « Je ne serai pas du côté de ceux qui voient dans l’Afrique le continent des crises et des misères ni de ceux qui voient l’Afrique parée de toutes les vertus. Je ne suis pas de ceux qui se voilent la face et ignorent la difficulté de votre quotidien : difficulté d’avoir une bourse, un manuel, parfois d’avoir une vie simple. Je considère que l’Afrique est le continent central, global, incontournable. C’est ici que se concentrent tous les défis, que se jouera le basculement du monde », avait-il plaidé en guise de déclaration de sa politique africaine. Mais très vite, la jeunesse africaine s’est rendue compte que Macron est dans une logique de néocolonialisme moderne. L’intervention militaire française aux côtés des armées des pays du Sahel pour lutter contre les djihadistes dans la région est la cible de critiques croissantes et parfois perçue comme du « néocolonialisme » en Afrique de l’Ouest. La rapidité avec laquelle Emmanuel Macron s’était rendu au Tchad pour soutenir Mahamat Idriss Déby, propulsé en avril à la tête du pays après la mort de son père, avait également rappelé certains vieux réflexes. Les jeunes Africains ont le sentiment d’être encore sous hégémonie française. Finalement, le rejet de la France s’appuie surtout sur cette absence de ligne politique claire. Le silence de la France face aux différents mouvements de troisième mandat en Guinée, en Côte d’Ivoire, ou encore au Congo ont été autant de raison qui ont convaincu la jeunesse africaine que rien ne leur viendra de la France. Et beaucoup avait compris que le sommet de Montpellier est une sorte de rattrapage pour Macron. Et il n’a pas fallu longtemps à cette jeunesse pour se faire entendre. Quitte à ce qu’ils mettent le doigt là où ça fait mal. Emmanuel Macron a été sérieusement bousculé par la jeunesse africaine avec des sujets qui fâchent : sort des migrants en Méditerranée, restitution des œuvres d’art pillées au Bénin, réduction du nombre de visas pour les ressortissants du Maghreb. La jeunesse africaine a exprimé sans fard, ses attentes et frustrations sur la démocratie et la relation avec la France, interpellant directement le président Emmanuel Macron. Lors d’une séance plénière électrique, sans complaisance,  onze jeunes – malien, burkinabé, kényan, camerounais… – invités à dialoguer, ont fustigé le “colonialisme”, “l’arrogance” ou le “paternalisme français”, et bousculé le président Emmanuel Macron. Ils ont secoué les usages et interpellé sans ménagement le président français, Défendant sa “sincérité” et niant tout “paternalisme”, Emmanuel Macron s’est avoué “bousculé”. Mais, au cours d’un dialogue parfois tendu, il a réitéré ses fondamentaux sur les sujets de contentieux soulevés par les jeunes : colonialisme, soutien à des dictatures, interventions militaires…”Arrêtez votre discours paternaliste ! Nous n’avons pas besoin d’aide, nous avons besoin de coopération”, lui a lancé une jeune Malienne, Adam Dicko, n’hésitant pas à interrompre le président. Un blogueur sénégalais Cheikh Fall, a quant à lui réclamer de la France de “demander pardon au continent africain” pour les crimes de la colonisation. “Et cessez de coopérer et collaborer avec ces présidents dictateurs ! Et programmez un retrait progressif et définitif de vos bases militaires en Afrique !”, a-t-il lancé à Emmanuel Macron. Adelle Onyango, une jeune ressortissante du Kenya, pays anglophone, a pour sa part sommé le président de s’engager à mettre “fin à la Françafrique” et ses pratiques opaques, et pointé les contradictions d’une France “arrogante”, “enlisée dans des questions de racisme” et venant “donner des leçons de démocratie” aux Africains. « Je ne sais pas si au bout, le président français ne va pas regretter d’avoir organisé ce sommet Afrique-France dans une version totalement innovante rien qu’avec les jeunes du continent » a publié sur les réseaux sociaux Luc Abaki, journaliste togolais. C’est dire à quel point, tout le continent africain a été fier de ses « héros de Montpellier ». Vivement une prochaine rencontre de ce genre entre les leaders africains et leur jeunesse aussi. A qui le tour ?

 

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